Films politiques & engagements cinématographiques
Comment affûter notre grille de lecture politique du cinéma ?
Ce ne sont pas les films qui sont politiques mais la lecture qu’on en fait, en particulier à l’aide d’outils et de questions d’ordre esthétique. La manière dont l’espace, les corps, le temps ou la subjectivité apparaissent à l’écran engage un regard politique qui dépasse et déborde parfois la volonté des cinéastes eux-mêmes. C’est pourquoi il est si important et ô combien nécessaire aujourd’hui de développer des outils d’analyse et d’interprétation pour affûter nos regards de spectateurs et de cinéastes conscients des enjeux de leur art.
Nos imaginaires sont traversés et travaillés par des postures et des questionnements d’ordre philosophique, idéologique et politique. L’actualité nous rappelle quotidiennement combien la guerre informationnelle, la rhétorique et la mise en scène des discours et des émotions sont des leviers puissants pour construire des récits et in fine des postures et programmes politiques.
Le cinéma est lui aussi au cœur de ces enjeux. Il participe à cette construction de narrations, d’histoires, de trajectoires désirables et de dynamiques de pouvoir qui traversent les sociétés et dont il reflète les imaginaires. Les cinéastes l’ont bien compris et se saisissent de leur art pour porter à l’écran leurs préoccupations et leur vision.
« Engagé ou militant, le cinéma peut l’être de mille façons : par le choix d’un sujet, la politique de production, le type de montage choisi, voire en fonction de l’équipe qui l’a écrit ou le réalise. Mais entre les intentions qui président à la fabrication d’un objet cinématographique et la façon dont il est reçu, il y a parfois des écarts considérables. Même les cinéastes les plus précautionneux n’échappent pas au risque de l’incompréhension », écrit Raphaël Jaudon dans son ouvrage Cinémas politiques, lecture esthétique.
On se souvient de la polémique soulevée par Paulo Branco au festival de Locarno en 2011 en qualifiant le film Vol spécial de Fernand Melgar de « fasciste » ou, plus récemment, des controverses autour des films Bac Nord de Cédric Jimenez, Athena de Romain Gavras ou encore Joker de Todd Phillips et Barbie de Greta Gerwig qui ont pour le moins suscité des interprétations divergentes !
« Ce qui est certain c’est que l’on peut tout politiser – reste à savoir avec quelles attentes et à partir de quelle grille de lecture ». Ainsi est-il pertinent de questionner ce qui relève à nos yeux du politique dans un film, comment ilagit sur notre manière de percevoir et de comprendre le réel et comment in fine cela influence vos créations en tant que cinéastes.
C’est à cet exercice que nous convie Raphaël Jaudon afin d’affûter notre grille de lecture du cinéma et (re)penser notre manière de faire l’analyse politique des films, en décryptant non seulement leur représentation mais aussi et surtout la manière dont ils "travaillent" notre perception, notre ressenti et nos leviers d’actions. (Et pour ne pas laisser à d’autres le soin de le faire à notre place).
Raphaël Jaudon est maître de conférences en cinéma à l’Université de Caen, co-créateur et animateur du podcast "Une invention sans avenir" qui porte un regard (très) politique sur le cinéma. Il est l’auteur de l’ouvrage Cinémas politiques, lecture esthétique (2024, UGA éditions) dans lequel il propose de repenser la notion de "cinéma politique" non pas comme un genre, mais comme une pratique dont l’aspect politique réside dans sa réception esthétique.
Tarifs :
Tarif membre de Fonction : Cinéma: CHF 5.-
Plein tarif (non-membres) : CHF 15.-
(Image : Joker de Todd Phillips)
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